Itinéraires joailliers

14 janvier 2024

Place Vendôme : la collection de photos du joaillier Lorenz Bäumer

Il y a exactement 30 ans, Lorenz Bäumer lance sa maison et s’installe place Vendôme. Dans la foulée, il commence une collection de photos, dédiée à ce lieu emblématique de la haute joaillerie.

Par Sandrine Merle.

 

 

« Il s’agissait de célébrer ma relation avec cette place que je voyais tous les jours depuis les fenêtres de mes salons », explique Lorenz Bäumer. En 1995, quand il s’installe au n°4, en étage, il n’est encore qu’un jeune joaillier indépendant. Il faut alors une certaine audace pour revendiquer cette adresse occupée par des maisons centenaires comme Boucheron, Van Cleef & Arpels ou Chaumet. L’ambiance est encore compassée… Ce diplômé de Centrale, grand amateur de surf, détonne, lui, avec ses bijoux architecturés, figurant la flore, très poétiques. Ses salons sont tapissés de marqueterie de paille et d’œuvres d’art contemporain. Dans le plus grand secret, il dessine aussi la joaillerie lancée quelques mois plus tôt par la maison Chanel.

 

Collectionner, une seconde nature

Petit, il récupère les étiquettes de bouteilles de vin qu’il colle ensuite dans des albums. Plus tard, il passe aux couteaux, aux meubles, aux cadres anciens, aux whiskies japonais, aux épingles à cravate, à l’argenterie art déco, aux sables des plages où il a surfé, etc. « Tous ces objets qui s’accumulent me nourrissent et permettent d’expliquer à mes collaborateurs les idées qui président à une création. C’est un moteur intellectuel », explique-t-il. Parfois, il se débarrasse de certains : la vente, en 2019, chez Sotheby’s était un inventaire à la Prévert dans lequel des photos côtoyaient des sculptures d’Alexandre Noll, des meubles des frères Campana, des céramiques de Jouve ou un masque du Népal.

 

Toute l’histoire de la place Vendôme

En 2013, Lorenz Bäumer ferme ses salons en étage pour ouvrir une boutique de l’autre côté de la place, au n°19. C’est là, qu’il présente sa collection de près de 200 photos, « des tirages originaux sur lesquels doit apparaître la colonne ou son reflet », ajoute-t-il. L’histoire de ce lieu, aussi mouvementée que passionnante, croise celle de la photographie. « Toutes les techniques sont représentées. L’image la plus ancienne, de 1850, est un daguerréotype sur papier salé. » Tous les grands évènements sont saisis à commencer par la Commune, premier à bénéficier de cette invention. Sur l’un des clichés de Bruno Braquehais (précurseur du photojournalisme), la colonne apparaît encore debout, entourée de barricades. « Il a été utilisé comme beaucoup d’autres, par la police pour identifier les Communards et témoigner de leur rôle. » Parmi les évènements les plus récents, figure la construction du parking souterrain ou la rénovation de la colonne bien sûr.

 

« La colonne Vendôme à la loupe », aux éditions Norma

Il y a 150 ans quand la colonne Vendôme était à terre…

 

La place Vendôme et ses beautiful people

Dans cette collection, Doisneau (grâce à qui l’on peut voir la fanfare défiler pendant la Seconde Guerre Mondiale, rue de Rivoli), Charbonnier, Baldus, JR côtoient des anonymes. La colonne se dresse majestueuse, sous la neige, de nuit comme de jour. En haut, Napoléon apparaît tantôt en consul, tantôt en empereur romain. Cette collection regorge de beautiful people : Jacques Fath et Marcel Rochas en train de faire leur vitrine, le mannequin Bettina, Elsa Schiaparelli ou encore Gabrielle Chanel accoudée au balcon de la suite qu’elle occupait au Ritz. On peut s’amuser à trouver l’angle à partir duquel l’image a été prise (une vitrine, la rue de Castiglione, le 1er étage du n°18) ; on cherche aussi les correspondances. Ainsi le jour de la Libération, la même barricade a été saisie par Cartier-Bresson et par un anonyme, tous les deux de la rue de Castiglione : sur le premier cliché, on voit un char éventré et des drapeaux blancs suspendus aux fenêtres par les Allemands, sur le second un Allemand en état d’arrestation.

 

Intimement lié à la place Vendôme, Lorenz Bäumer est aujourd’hui le seul joaillier à détenir les clés de la colonne. J’ai eu la chance de pouvoir l’accompagner au sommet… (diaporama horizontal)

 

Image en bannière © Sandrine Merle pour The French Jewelry Post

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