Style

27 juillet 2021

Cartier Haute Joaillerie, « Sixième Sens »…

Pour fêter la réouverture de la boutique de Milan, Cartier a présenté sa nouvelle collection de haute joaillerie baptisée « Sixième Sens » en Italie, au lac de Côme. Jacqueline Karachi-Langane, directrice de la Haute Joaillerie, apporte son éclairage sur 3 pièces emblématiques.

Par Sandrine Merle.

 

 

La mise en scène signée par l’architecte Patricia Urquiola, faite de jeux d’angles, de couleurs et de perspectives sur le lac de Côme, constituait une très belle entrée en matière pour « Sixième Sens ». Car les pièces ont pour but de provoquer des perceptions extra-sensorielles, d’agir comme un « accélérateur de particules », écrit Cyrille Vigneron, PDG de Cartier. Une préoccupation ancienne et récurrente et pour cause : l’un des actes fondateurs de cette maison est la pendule mystérieuse imaginée en 1912 d’après l’idée d’un magicien (Jean-Eugène Robert Houdin). Ses aiguilles donnent l’illusion d’être suspendues dans le vide !

 

Meride, poli miroir

 » Ce collier est le plus explicite de la collection « , explique Jacqueline Karachi-Langane. De face, il s’agit d’un simple damier noir et blanc réalisé en onyx, cristal de roche et diamants. Il prend vie quand le porteur se met en mouvement, celui qui le regarde découvre alors un jeu cinétique : les pixels s’animent sous l’effet de la lumière se heurtant et se réfléchissant à l’infini contre les parois réfléchissantes de l’or poli miroir. Ce dernier joue un rôle central dans la mosaïque précieuse. Et l’effet d’optique est d’autant plus saisissant que les éléments sont en relief : cristal de roche et onyx sont en effet taillés en cubes. « Imaginons qu’on devienne infiniment petit, on pourrait évoluer dans ce bijou comme dans un labyrinthe », note-t-elle.

 

Phaan, rubis sur diamant

L’un des artifices du merveilleux : la superposition de pierres, en l’occurrence un rubis et un diamant qui pour, la première fois, se retrouve en dessous. « J’en ai eu l’idée à la foire de Tucson lors de ma recherche de pierres pouvant suggérer cette thématique de Sixième Sens, se souvient Jacqueline Karachi-Langane. Un négociant m’a présenté un diamant taille rose de 4,01 carats comme je les adore mais il lui manquait un supplément d’âme… Puis quelques jours plus tard, ce même marchand m’a proposé un rubis Siam (de Thaïlande) d’un rouge exceptionnel avec une densité, une matière et une cristallisation très belles mais, à celui-ci, manquait de la profondeur… » En les associant, en plaçant le diamant sous le rubis, l’effet est fascinant : la lumière projetée par le diamant éclaire le cristal rouge de l’intérieur et crée la pierre idéale, quasi surnaturelle.

 

Alaxoa, enfilage arachnéen

« La douceur et la légèreté d’une plume tient à des milliers de petits éléments architecturés et agencés les uns par rapport aux autres, explique-t-elle. Version haute joaillerie, nous avons agencés des centaines de perles d’émeraudes grâce à l’une de nos techniques de prédilection : l’enfilage. » Pour ce collier, les perles d’émeraudes ne sont pas enfilées les unes après les autres comme pour les fameuses torsades de la maison mais agencées en toile d’araignée. « Afin de préserver leur mobilité, nous avons énormément travaillé sur les articulations des boules d’émeraude reliées entre elles par de micro ponts en métal puis fixées sur une structure de métal. » Et c’est là qu’a surgi un autre challenge : nouer le délicat fil de soie sans qu’il soit apparent tout en étant suffisamment résistant … De la virtuosité à simuler la symétrie avec de l’asymétrie.

 

Magie des nouvelles technologies

Ces perceptions sont souvent rendues possibles grâce aux nouvelles technologies telle que la CAO (conception assistée par ordinateur). « Il y a 20 ans, Meride aurait été impossible à réaliser, assure Jacqueline Karachi-Langane. Comme toutes les pièces uniques, il n’est pas précédé d’un prototype : il aurait donc fallu le terminer pour se rendre compte de sa portabilité. Dans le cas contraire, des milliers d’heures de travail aurait été dépensées pour rien ! Avec la CAO, on peut faire autant de tirages en résine que l’on souhaite, il est ainsi possible de valider chaque expérimentation jusqu’à la fin. Ce qui permet plus que jamais d’innover. » S’ouvrent des perspectives vertigineuses…

 

Image en bannière © Cartier

 

Articles relatifs à ce sujet :

Enfin un livre sur Aldo Cipullo!

Cartier et le Japon

Articles les plus lus

Les incroyables et merveilleux bijoux d'EGONlab

Le leitmotiv de ce label est d’abolir les frontières entre le masculin et le féminin comme l’illustrent entre autres, la jupe sur le pantalon et le...

Bijoux de doigts, quand les bagues mutent...

Notre corps peut être de plus en plus facilement modifié. Avec ces ornements de doigts, les designers de bijoux malmènent les frontières entre le...

Marion Delarue, réflexion sur kushi, kogai et kanzashi

Une grande partie du travail de Marion Delarue tourne autour des ornements de cheveux dont les kushis (peignes), les kanzashis (épingles) et les kogais...

Nardi, maure à Venise

À Venise, j’ai rencontré Alberto Nardi, représentant de la troisième génération de ce joaillier vénitien réputé pour ses têtes de maure. Un...

L’humour a-t-il déserté la joaillerie ?

L’exposition, « Parenthèse humoristique, quand le bijou a de l’esprit » de Van Cleef & Arpels tombe à pic. Elle met en lumière un sujet...

Des bijoux qui se moquent du bijou

Pour torpiller les codes en jeu dans la joaillerie classique, les créateurs d’avant-garde convoquent humour et ironie. Leurs cibles préférées :...